DU VISIBLE A L’INVISIBLE

Signe de la présence du Christ ressuscité

Que de signes, que de signes !… En ces fêtes pascales, la liturgie nous plonge dans une profusion de signes : du feu, des processions, des rameaux, des lumières, des airs joyeux… à tel point que nous nous posons la question : est-ce que tout ne serait pas signe dans la liturgie ? Personnes et objets, mobilier et statues, chants et bouquets ? Sans doute, et nous allons voir pourquoi et comment.

Au fait, cela sert à quoi un signe ? Précisément, le signe, cela « sert » ; le vocabulaire du service lui convient très bien. Dans sa fonction de signe, il n’arrête pas à lui-même, il n’est pas là pour être l’objet final du regard ou de l’écoute. Il est là pour renvoyer à autre chose (à quelqu’un d’autre) que lui-même ; il est là pour délivrer un message qui, par le sensible ouvre sur un au-delà du sensible. Il va souligner l’initiative de Dieu ou l’unité des croyants, rappeler la miséricorde ou la résurrection du Christ, la renaissance. En faisant passer du visible à l’invisible, le signe est au service de la foi vivante de l’assemblée et aussi au service de son témoignage.

Ainsi l’eau disponible et limpide au fond de la cuve baptismale, avec la parole prononcée, va évoquer la renaissance de ceux qui y sont plongés ; ainsi le président, au-delà de sa personnalité, sa présence physique, son charisme propre, est là pour signifier que le rassemblement des croyants se fait à l’appel d’un Autre ; ainsi la Parole proclamée est faite pour être entendue, mais de telle façon qu’elle soit perçue comme une parole venant d’ailleurs que de l’assemblée elle-même ; ainsi une procession n’est pas là simplement pour nous faire passer d’un lieu à un autre, elle évoque la suite du Christ et l’entrée dans la Jérusalem céleste. Il en est de même pour tous les éléments présents dans une liturgie.

Mais comment le signe agit-t-il ? Laissons de côté les signes-signaux, les signes-traces, les signes conventionnels, et parlons des signes qui sont utilisés dans la liturgie. Ce sont des signes qui sont basés sur une analogie : de même que du pain c’est fait pour nourrir, le pain qui nous est proposé dans la liturgie est la nourriture par excellence, la seule qui peut nous combler définitivement ; de même que le fait de plonger dans l’eau évoque mort et renaissance, de même le plongeon baptismal nous rend participants de la mort et de la résurrection du Christ. Et pour que cela fonctionne, il faut que le signe ait une vraie consistance, les qualités et toute la densité matérielle voulues : du pain qui évoque vraiment du pain ; un geste qui soit vraiment habité ; un bouquet qui présente de réelles qualités techniques et esthétiques… Et en même temps il faut que le signe ouvre sur l’invisible : accompagné d’une parole de foi, il nous tourne vers la grandeur du don de Dieu et sa présence invisible, il dévoile l’action de l’Esprit au cœur de l’assemblée et suggère la nouveauté de vie qui lui est proposée.

Le signe doit avoir suffisamment de force et de présence pour se passer d’explications ; cependant il doit comporter un quelque chose de détaché et de subtil qui fait de lui un chemin vers une réalité invisible. Le signe est posé par l’homme, mais de façon à laisser Dieu parler au cœur de la communauté et de chacun.

En terminant, disons que les signes, comme les acteurs qui les posent, sont multiples dans la liturgie. Pour une liturgie donnée, il importe que leurs messages soient en harmonie. C’est là que l’esprit de service et la concertation dans les équipes liturgiques sont attendus.

Le signe liturgique parle en creux : « Il vit et il crut » (Jn 20, 8) : c’est la vision d’une tombe ouverte et vide qui donne au disciple la certitude d’une présence si forte qu’elle va bouleverser le monde.

Brigitte Van Dorpe
Grenoble

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